Lionel SCOCCIMARO

"hot pictures & flammed paintings"

10/06 - 03/07 & 26/08 - 18/09/2005

Sans effacer le poids de la peinture dans sa trajectoire artistique ses nouvelles productions volumiques ou ses photographies entendent adhérer à un programme chargé de connotations multiples. Ses champs d'observation et d'interventions mélangent volontairement l'aspect social (les vieux dans la série d'Octodégénérés ou les vedettes et strip-teaseuses dans les Custom made) à l'aspect humoristique.

Les Custom made sont des sculptures en résine polyester avec des volumes identiques, ils sont issus du même moule; cela tient à la fois du culbuto, de la poupée russe et de la quille de bowling. Les motifs des décors colorés sont en revanche tout à fait différents et spécifiques. Chacun d'entre eux évoque une des figures mythiques de la contre-culture (custom, rock, surf, etc.) des trente dernières années du XXe siècle.

Les choix des motifs, leurs couleurs et leurs dispositions sont, bien entendu, chaque fois spécifiques comme le sont les mensurations, les vêtements et les postures des «pin-up» qui déploient leurs charmes érotiques autour de ces sculptures sur les photographies présentées. On a compris que Scoccimaro a complété ses créations volumiques par une série de créations photographiques mettant en scène chaque fois une figure féminine à la vêture et au déshabillage adaptés.

[ cliquez pour agrandir l'image ]    

Pour ses photographies de personnages Lionel Scoccimaro prévoit un fond uni et neutre: les pin-up associées aux culbutos (Custom made) se détachent sur fond blanc, les vieux de la série des «Octodégenérés» jouent sur des fonds sombres.

Les Octodégenérés aux compositions équilibrées, aux éclairages calculés, avec présence des seuls accessoires nécessaires ressemblent à de très classiques prises de vues de studio. Elles deviennent intrigantes du fait de l'opposition de leur caractère photographique attendu et de l'incongruité des situations représentées. La perfection des images met à distance le spectateur voyeur qui ne saisit pas immédiatement les contradictions internes de ces situations où les vieux s'amusent comme des enfants. On ne peut pas lire rapidement ces images puisque leur expression n'est pas, comme on aurait pu s'y attendre avec des images de vieux, sentimentale et au premier degré mais à saisir au second degré demandant donc de passer à un niveau que l'on peut qualifier d'abstrait ou de conceptuel.

Dans l'intitulé Octodégénérés, le terme «dé-générés» dit peut-être qu'ils sont au-delà de l'âge, plus classable dans les vieux dont ils ont l'aspect mais pas les comportements. Ces vieux et ces jouets sont on ne peut plus normaux, c'est leur réunion qui l'est moins. L'écart entre le déchiffrement de l'image des vieux et la qualité de la mise en scène empêche le passage habituel de la lecture à la consommation d'images. Ces images dérangent. La gêne que nous ressentons face aux images des Octogégénérés de Scoccimaro provient des écarts entre les images ici données et les représentations idéelles que nous nous faisons des vieux.

Le fantôme de l'enfance et de l'adolescence traverse l'ensemble des créations de Scoccimaro des constructions en dominos de sucre, aux quilles culbutos ou aux vieux encore enfants. On ne manquera pas de remarquer, ici comme ailleurs, l'absence du monde des adultes, ou du moins du monde du travail, etc. Scoccimaro préfère celui du jeu, du fun, de l'imaginaire ou d'une vieillesse ludique. Les images parlent souvent autant par ce qui s'absente en elles que par ce qu'elles montrent. Les photographies de Lionel Scoccimaro peuvent être vues comme des mises en abîme de la représentation des trois âges de la vie de l'homme auxquelles il manquerait la phase soit disant la plus importante: l'âge adulte, celui de la majorité des regardeurs et de l'auteur lui-même. Une fois encore ici l'artiste s'absente pour n'être que «créateur», pour mieux «naître» comme auteur.