
David Kowalkowski (°1979, B) a déjà exposé à la galerie avec Marcel Berlanger dont il fut l’élève. Il exposa à cette occasion une série de peintures à l’huile qui toutes avaient pour sujet le platane. C’était principalement la structure de camouflage dont se pare cet arbre qui attira Kowalkowski. Cette approche fut également prétexte à exposer son travail lors de l’événement « Make-up/Camouflage », exposition collective avec Eric Angenot et Martijn Schuppers en mai 2006. Les formes et couleurs caractéristiques de la technique de camouflage sont clairement présentes dans la structure en perpétuelle mutation de l’écorce de platane. Cependant ce camouflage n’a pas même finalité dans le monde animal ni dans l’armée ; le but pour le belligérant ou pour l’animal est de tromper l’ennemi et donc de se rendre invisible dans son environnement. Les écailles chamarrées du platane le rendent, au contraire, très visible dans son environnement urbain.
Dans sa série « écorces de platanes », le sujet est un alibi pour célébrer de manière dévergondée la fête, le plaisir de peindre. La technique de camouflage a offert à Kowalkowski la possibilité de s’exprimer au travers de toutes les techniques qui sont mises à la disposition du peintre. Le platane à la peau écailleuse était alibi pour s’éclater dans d’infinies possibilités picturales.
Les toiles de Kowalkowski que l’on peut voir actuellement à la galerie atteignent la même qualité que ses « platanes » mais procèdent d’une toute autre démarche. Sujet, choix des couleurs, composition, etc…tout est différent et en même temps traité, peint avec cette même et reconnaissable virtuosité. Le choix du sujet se situe toujours dans l’environnement proche de l’artiste, l’environnement urbain, mais dans une approche plus intime jusqu’à devenir des tableaux monochromes dans lesquels une petite araignée tient le rôle principal au milieu d’un décor de plantes d’intérieur. L’exubérance du panachage des couleurs des écorces fait place ici à l’utilisation tout en sobriété de tonalités de bleus qui ne sont pas sans rappeler celles utilisées jadis pour l’impression de photos, dans ce cas avec nuances de sépia.
En contraste avec les compositions all-over dans lesquelles le platane occupait la place centrale, Kowalkowski, dans cette nouvelle série de toiles ayant une petite araignée comme thème principal, occupe l’espace en prenant sa source à l’extérieur pour irradier vers le centre. Le contexte de cette narration évolue et prend actuellement sa source aux confins de la surface du tableau pour aller vers un espace flou au centre de la toile. Et au milieu se balance une araignée devant un arrière-plan vivement éclairé. La toile qu’elle tisse est en même temps dedans et dehors, elle est sa frontière, le balisage de son territoire. L’araignée s’est glissée dans l’image tel un parasite du paysage, un parasite de l’idylle. Elle apparaît venant d’un monde obscur et réveille nos sentiments d’angoisse et de dégoût. Elle se niche dans les rêves et hallucinations de la dépression.
La peinture (de Kowalkowski) qui est sensée nous émouvoir est perturbée, dérangée par ce parasite arachnéen. Elle s’impose à nous. Elle définit la frontière entre ici et là, entre avant-plan et arrière-plan. La lumière intense du centre de la toile nous aspire immanquablement vers l’extérieur par contraste avec les couleurs plus foncées du pourtour (du tunnel), mais notre désir de lumière est dérangé, perturbé par la présence de l’araignée. L’araignée brise la fascination jusqu’à ne plus faire qu’un avec l’image, jusqu’à s’y fondre. Elle devient acceptable d’un point de vue artistique, elle fait finalement partie de la séduction picturale.
L’araignée est l’artiste même. Elle est la réponse possible à une période d’impasse, de questionnement. Où est ma place dans la société, quel est mon apport au monde artistique, que suis-je capable de créer ?